Primaires citoyennes : vrai changement ou faux semblant ?

Primaires citoyennes : vrai changement ou faux semblant ?

La Primaire n’est plus l’apanage des partis politiques. À l’approche des présidentielles, plusieurs mouvements lancent leur « primaire citoyenne ». Il devrait en émerger un candidat de la société civile. Jusqu’où portera ce nouvel élan civique ?

Alors que la Primaire de gauche succède à celle de la droite, les primaires citoyennes passent inaperçues. Elles sont pourtant une réponse concrète à la crise de confiance historique qui touche nos institutions politiques. « À l’heure où les Français ne font plus confiance dans les partis, il est vital pour notre démocratie qu’une nouvelle offre leur soit proposée à la présidentielle », déclarent les organisateurs de la Primaire des Français.

Comment expliquer qu’une initiative aussi « disruptive » qu’une Primaire hors partis, chargée de désigner un « candidat de la société civile » pour la présidentielle, passe inaperçue et peine à mobiliser les citoyens. En effet, la Primaire des Français, qui pronostiquait plus de 500 000 inscriptions, en compte moins de 80 000, et La Vraie Primaire n’a pas obtenu plus de 403 followers sur Facebook.

Voici pourtant, des personnalités issues de la société civile (entrepreneurs, acteurs associatifs) qui revendiquent une expérience politique, mais n’en vivent pas. Ces candidats incarnent le « renouvellement politique » exigé par les Français à longueur d’enquêtes d’opinions. Un profil qui ressemble, à s’y méprendre, à celui… d’Emmanuel Macron, désormais « troisième homme » de la Présidentielle.

Ceci pourrait-il expliquer cela ? À peine lancées, les « primaires citoyennes » seraient-elles déjà ringardes ?

Trois primaires, deux de trop

On compte aujourd’hui trois Primaires citoyennes : la Primaire.org, la Vraie Primaire et la Primaire des Français.

Comment expliquer que ces mouvements, qui s’affirment pourtant « en rupture » avec les logiques d’appareils, soient incapables de se rassembler dans un processus commun ?

Tout simplement parce qu’ils procèdent de logiques différentes – quoique complémentaires.

D’un côté, la Primaire des Français ressemble davantage à une opération de communication menée par 9 micro-partis, comme Le Pacte civique, La Transition, Nous Citoyens, Cap21 de l’ancienne ministre Corinne Lepage et Génération citoyens de l’ex-UDI Jean-Marie Cavada. Soutenue à son lancement par le médiatique Alexandre Jardin et ses « Zèbres faiseux », la Primaire des Français est aujourd’hui tombée dans l’oubli médiatique. Devant les journalistes Corinne Lepage élude le sujet. Contacté par nos soins, Nicolas Doucerain, de Nous Citoyens, n’a pas souhaité faire de commentaires. Quant à Alexandre Jardin, il vient de présenter sa candidature en solo à l’élection présidentielle.

De l’autre côté, la Vraie Primaire est née de la rencontre de l’écrivain Alexandre Malafaye et d’Emile Servan-Schreiber, entrepreneur du numérique, semble au point mort, faute de compétiteur. Leur plate-forme numérique de démocratie participative n’est plus accessible. « La nouvelle civilisation est en marche et nous serons des millions à pousser pour la voir naître ! » promettait pourtant, en avril 2016, Mathieu Leporini, fort de ses 18 followers sur Twitter. Avec Édouard de Broglie, il était un deux candidats ayant accepté de payer le ticket d’entrée dans cette arène, fixé à 500 euros.

Des trois projets, ne demeure donc que la Primaire.org. Avec plus de 100 000 participants, ses fondateurs, Thibauld Favre et David Guez, respectivement entrepreneur des « civic techs » et avocat d’affaires, comptent bien présenter un « candidat citoyen » à l’élection présidentielle. Ils cherchent par ailleurs à réunir les parrainages et financements nécessaires à cette candidature. « On cible les maires des 18 000 communes de 300 habitants et nous demanderons aux citoyens qui ont voté d’aller voir leur maire », confiait David Guez au journal La Croix. Le 14 décembre, l’un des cinq candidats encore en lisse sera désigné.

Ainsi, entre un bal de seconds couteaux, une expérimentation avortée et un casting d’illustres inconnus… ces « primaires citoyennes » souffrent d’un grave défaut de cohérence et de crédibilité. Deux faiblesses qu’elles partagent avec ces partis politiques qu’elles souhaitent justement dépasser.

On cherche encore l’alternative crédible et l’alternance réelle. On doute encore de leur authenticité et leur apolitisme. On craint, surtout, le retour, par la fenêtre, des opportunistes ambitieux – et vice-versa.

Faut-il donc toujours que « tout change pour que rien ne change », comme l’écrivait Giuseppe Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard ?

  • #Eclaireurs2017

  • 21
    Déc
    2016

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